Marseille est une ville difficile à photographier. La lumière y est trop forte une grande partie de l’année, le bleu du ciel écrase tout, et les cartes postales ont déjà usé les trois mêmes cadrages.
Le problème de la carte postale
Notre-Dame de la Garde vue d’en bas. Le Vieux-Port à midi. Les calanques par temps parfait. Ces images existent en dizaines de milliers d’exemplaires, et elles ne racontent rien — sinon que le photographe était là un jour où il faisait beau.
Les heures qui valent la peine
Marseille se donne tôt. Entre six et huit heures, la lumière est rasante, elle attrape les façades par le côté, elle dessine les mâts au lieu de les aplatir. Le port travaille, la ville n’est pas encore réveillée. C’est le seul moment où le Vieux-Port n’appartient pas aux touristes.
Le soir, l’ouest s’embrase pendant vingt minutes et le Panier passe de l’ocre au rouge. Après, c’est fini.
Le mistral change tout
Il nettoie l’air. Un lendemain de mistral, on voit les îles du Frioul comme si elles étaient à cinq cents mètres. C’est aussi le jour où la mer est mauvaise et où personne ne sort — donc le jour où les quais sont à vous.
Ce qu’on cherche
Pas le monument. Le détail qui dit la ville : un pointu mal amarré, l’escalier d’une traverse, du linge à une fenêtre du Panier, les chaises empilées d’un bar qui n’a pas encore ouvert.
C’est ce genre d’image qui tient sur un mur pendant dix ans sans lasser. Une carte postale, on la voit une fois. Un détail, on y revient.